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Conscience animale : mauvais souvenir des cours de philo

8 juillet 2015

Le lycée pour moi c’était il y a quinze ans. Une époque qui devient un peu floue mais dont je garde un bon souvenir (malgré la crise d’identité adolescente par laquelle nous sommes tous passés).

Les cours de philosophie m’ont laissé plutôt indifférente, j’avais le sentiment qu’on nous proposait une approche trop rigide pour développer une réflexion critique. ça s’est confirmé lorsque le programme nous a amené à la question de la conscience animale. Les animaux ont ils une conscience ? On nous a cité Kant et Descartes, l’animal-machine, affirmant que l’animal n’en possède simplement pas, puis on m’a demandé d’argumenter. là dessus, je me suis trouvée piégée : la conclusion était fournie avant même d’entamer une analyse. Et c’est une conclusion qui ne me convenait pas du tout.

Je n’ai pas l’âme militante, je défends mes idées mais je garde trop de doutes et de cynisme pour les affirmer avec dureté et répandre la bonne parole. Mais sur ce sujet là, face à un professeur complètement fermé, je me souviens d’une « conversation » très pénible.

Je me familiarise depuis peu à la notion de spécisme, c’est un concept que je trouve très intéressant parce qu’il m’amène à porter un regard nouveau sur les valeurs qui m’ont été transmises. Quand je repense à cet épisode de ma vie, je le trouve assez représentatif des difficultés à aborder la question de la condition animale. Pas seulement parce que la position de cet homme était différente de la mienne, ou encore que son autorité lui donnait le pouvoir de dire le dernier mot, mais surtout parce que sa réaction de rejet à mes arguments ne relevait de rien de rationnel : il lui était simplement impossible d’aborder cette problématique différemment. Pourtant l’existence d’un module de philosophie au lycée est sensé nous permettre de développer un jugement critique.

Depuis quinze ans, la société a beaucoup changée. Peut être pas tant que ça en profondeur, mais on peut tout de même constater que la médiatisation autours de l’écologie, l’agriculture biologique ou encore l’accroissement des modes de vie végétariens et végétaliens, a permis de repenser l’image de ces mouvement et d’ouvrir un dialogue qui touche plus largement les couches de la société.

En 2012, des biologistes de renom se sont réunis pour croiser leurs connaissances sur l’existence d’une conscience animale, chacun dans leurs spécialités. Les conclusions ont remis profondément en question la croyance très ancrée que l’homme possède un niveau de conscience qui l’élève au dessus du reste de la condition animale. Cette caution de la communauté scientifique a apporté une crédibilité précieuse aux mouvements de défense des animaux. Peut être n’est-ce pas un hasard si le changement de statut de l’animal dans le code civil français a enfin eu lieu. Il y a moins d’un an maintenant, les animaux sont passés au statu légal de « biens meubles » à « êtres vivants doués de sensibilité […] assimilé au régime des biens » (donc plus lui même un « bien »).

Malgré toutes ces évolutions, c’est encore délicat d’entamer une conversation à ce sujet sans passer directement pour une caricature de hippie ou un activiste. Aujourd’hui, je reste toujours réticente avant d’ouvrir la bouche, même avec mes amis proches.

Si il y a un lieu où quelqu’un aurait pu entendre mon point de vu sans cette part de jugement, c’était bien durant les séances de philosophie. Pourtant c’est à ce moment là que j’ai compris que ce point de vu n’était peut être pas socialement acceptable. Je cherche encore à comprendre pourquoi.

Alors, monsieur le professeur de philosophie de mon année de 3ème, je ne dis pas que tous vos arguments étaient faux (la question est complexe), mais il faut bien dire que vous vous êtes comporté comme un con.

Vous pouvez lire la Déclaration de Cambridge dans la suite de cette article.

Cet article est traduit de l’anglais par François Tharaud. Vous pouvez aussi la retrouver dans sa version originale : The Cambridge Declaration on Consciousness

Déclaration de Cambridge sur la conscience

Aujourd’hui, le 7 juillet 2012, un groupe d’éminents chercheurs en neurosciences cognitives, neuropharmacologie, neurophysiologie, neuroanatomie et neurosciences computationnelles se sont réunis à l’Université de Cambridge pour réévaluer les substrats neurobiologiques de l’expérience consciente et des comportements afférents chez les animaux humains et non-humains. Bien que la recherche comparative sur ce sujet soit naturellement entravée par l’incapacité des animaux non-humains, et souvent humains, à communiquer facilement et clairement leurs états internes, les faits suivants peuvent êtres affirmés sans équivoque :

Le champ des recherches sur la conscience évolue rapidement. Un grand nombre de nouvelles techniques et stratégies de recherche sur les sujets humains et non-humains a été développé. Par conséquent, de plus en plus de données sont disponibles, ce qui nécessite une réévaluation régulière des conceptions régnantes dans ce domaine. Les études sur les animaux non-humains ont montré que des circuits cérébraux homologues corrélés avec l’expérience et la perception conscientes peuvent être facilités et perturbés de manière sélective pour déterminer s’ils sont réellement indispensables à ces expériences. De plus, chez les humains, de nouvelles techniques non-invasives sont disponibles pour examiner les corrélats de la conscience.

Les substrats cérébraux des émotions ne semblent pas restreints aux structures corticales. En réalité, les réseaux de neurones sous-corticaux excités lors d’états affectifs chez les humains sont également d’une importance critique pour l’apparition de comportements émotifs chez les animaux. L’excitation artificielle des mêmes régions cérébrales engendre les comportements et les ressentis correspondants chez les animaux humains et non-humains. Partout où, dans le cerveau, on suscite des comportements émotifs instinctifs chez les animaux non-humains, bon nombre des comportements qui s’ensuivent sont cohérents avec l’expérience de sentiments, y compris les états internes qui constituent des récompenses et des punitions. La stimulation profonde de ces systèmes chez les humains peut aussi engendrer des états affectifs similaires. Les systèmes associés à l’affect sont concentrés dans des régions sous-corticales dans lesquelles les homologies cérébrales sont nombreuses. Les jeunes animaux humains et non-humains sans néocortex possèdent néanmoins ces fonctions mentales/cérébrales. De plus, les circuits neuronaux nécessaires aux états comportementaux/électro-physiologiques de vigilance, de sommeil et de prise de décision semblent être apparus dans l’évolution dès la multiplication des espèces d’invertébrés ; en effet, on les observe chez les insectes et les mollusques céphalopodes (par exemple les pieuvres).

Les oiseaux semblent représenter, par leur comportement, leur neurophysiologie et leur neuroanatomie, un cas frappant d’évolution parallèle de la conscience. On a pu observer, de manière particulièrement spectaculaire, des preuves de niveaux de conscience quasi-humains chez les perroquets gris du Gabon. Les réseaux cérébraux émotionnels et les microcircuits cognitifs des mammifères et des oiseaux semblent présenter beaucoup plus d’homologies qu’on ne le pensait jusqu’à présent. De plus, on a découvert que certaines espèces d’oiseaux présentaient des cycles de sommeil semblables à ceux des mammifères, y compris le sommeil paradoxal, et, comme cela a été démontré dans le cas des diamants mandarins, des schémas neurophysiologiques qu’on croyait impossibles sans un néocortex mammalien. Il a été démontré que les pies, en particulier, présentaient des similitudes frappantes avec les humains, les grands singes, les dauphins et les éléphants, lors d’études de reconnaissance de soi dans un miroir.

Chez les humains, l’effet de certains hallucinogènes semble associé à la perturbation du feedforward et du feedback dans le cortex. Des interventions pharmacologiques chez des animaux non-humains à l’aide de composés connus pour affecter le comportement conscient chez les humains peuvent entraîner des perturbations similaires chez les animaux non-humains. Chez les humains, il existe des données qui suggèrent que la conscience est corrélée à l’activité corticale, ce qui n’exclut pas d’éventuelles contributions issues du traitement sous-cortical ou cortical précoce, comme dans le cas de la conscience visuelle. Les preuves d’émotions provenant de réseaux sous-corticaux homologues chez les animaux humains et non-humains nous amènent à conclure à l’existence de qualia affectifs primitifs partagés au cours de l’évolution.

Nous faisons la déclaration suivante : « L’absence de néocortex ne semble pas empêcher un organisme d’éprouver des états affectifs. Des données convergentes indiquent que les animaux non-humains possèdent les substrats neuroanatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des états conscients, ainsi que la capacité de se livrer à des comportements intentionnels. Par conséquent, la force des preuves nous amène à conclure que les humains ne sont pas seuls à posséder les substrats neurologiques de la conscience. Des animaux non-humains, notamment l’ensemble des mammifères et des oiseaux ainsi que de nombreuses autres espèces telles que les pieuvres, possèdent également ces substrats neurologiques. »

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